Area Diversion, scénographie urbaine

Pour la quatrième année consécutive, l’Université de Toulon soutien un projet de création d’artistes varois. Area Diversion de Simonne Rizzo, chorégraphe, William Bruet, plasticien et Mickaël « Caillou » Varlet, scénographe numérique verra le jour lors du Printemps de l’Université. Rencontre :

En quoi consiste ce projet ?

William Bruet : Area diversion est une déambulation qui partira de la place de l’Équerre jusqu’au bâtiment PI de l’Université de Toulon. Elle se déroulera en plusieurs actes et réunira trois médiums : la danse, le dessin et le mapping vidéo. C’est un projet artistique créé par et pour les étudiants.

Simonne Rizzo : Ce que nous souhaitons, c’est de leur permettre de s’approprier la ville, d’y infuser et d’y danser. L’Art doit être réalité quotidienne et permanente ! Je crois que l’enjeu est là.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de monter un tel projet ?

S.R : Ce projet est né lorsque j’ai découvert le projet de la Compagnie Grand Bal en 2015 et celui de la Compagnie Artmacadam l’année dernière. Ces appels à projet artistique de l’UTLN m’ont donné envie de me servir de la ville comme d’une scène, de m’appuyer sur sa nouvelle centralité pour voir les étudiants et habitants s’en emparer, apporter un regard sur la quotidienneté urbaine, rompre avec la monotonie, générer de nouvelle pratique… L’idée du détournement est apparue d’où « AREA DIVERSION ».

W.B : Quand Simonne m’a contacté et m’a décrit le projet, cela m’a tout de suite parlé. Le corps étant très présent dans mon travail, avoir l’opportunité de travailler avec des danseurs ne se refuse pas. De plus l’idée de réaliser un mapping vidéo de grande envergure à partir d’un univers graphique dessiné m’a tout de suite stimulé.

Caillou : Au delà de la richesse et de la diversité de notre équipe artistique, ce qui me semble le plus intéressant, c’est de travailler avec les étudiants - des personnes qui se forment - et de voir ce que leur apporte l’université. Mais aussi les freins que cela pose. Nous essayons de faire passer le message aux étudiants qu’ils sont capables de réaliser des choses, qu’il faut avoir des rêves et commencer dès à présent à travailler dessus, à ne pas avoir peur de l’erreur, à monter des projets…

Pouvez-vous nous décrire vos univers artistiques ?

S.R : Ma formation aux techniques classiques, jazz, contemporaines, claquettes et hip hop m’a permis d’éveiller et approfondir un travail sur la musicalité dansée. Je ne perds jamais de vue - que ce soit dans la recherche, la création, la représentation, l’enseignement - que la danse ressemble à nos humeurs : un rien la rend imprévisible.

W.B : À travers dessins et détournements d’images, je distille un univers sombre, chargé de signes et de symboles. Mon univers est assez énigmatique et laisse aux spectateurs un récit à construire. À grand renfort de noir et blanc et de géométrie, je joue avec l’anatomie humaine et crée des décalages. Il s’agit d’une expérience visuelle, celle du visible et de l’invisible, il s’agit de voir les choses derrière les choses.

C : Je travaille sur l’intégration de l’image vidéo comme élément de construction de l’espace scénique au théâtre, pour la danse ou des mapping architecturaux… J’éprouve la nécessité de produire des rencontres avec le public, de partager un vécu sensible avec le plus grand nombre. C’est une forme de réponse face aux crises qui secouent notre société, un engagement personnel, qui entend favoriser « l’être ensemble » par l’éveil à l’art, et œuvrer à l’enrichissement de chacun par le décloisonnement et la rencontre.

Comment allez-vous faire pour mêler vos univers en un ensemble homogène ?

S.R : Nous avons prévu plusieurs temps de travaux en commun dès le mois de janvier et ce jusqu’à la présentation finale le 28 mars 2017. Nous aurons trois mois pour travailler en corrélation. Le projet est pensé en amont pour créer du détournement en zone urbaine. L’homogénéité existe déjà à travers cette dynamique commune.

W.B : Le mapping étant composé de dessins résultants de mon univers graphique ainsi que des réalisations des étudiants, Michaël et moi travaillons et proposons des ateliers de création ensemble. Nous devons retranscrire un travail dessiné, souvent figé et en 2D en un mapping vidéo où les notions d’échelle et de mouvement sont remises en question. Pour cela nous ne nous privons de rien que ce soit du dessin, de l’animation, du stop motion ou encore de la vidéo.

C  : Nous avons confiance dans le travail des uns et des autres, et nous mettons à la disposition de chacun.

Qu’attendez-vous des étudiants de l’Université de Toulon ?

S.R : Les étudiants sont les acteurs de demain. Ils sont présents, impliqués, et concernés par l’appropriation de leur ville, pour rendre visible l’université, la transversalité des pratiques artistiques et culturelles ! Chaque personne impliquée sait qu’elle va entièrement participer à créer et déterminer l’univers chorégraphique et le détournement de la zone urbaine. C’est ce que j’attends d’eux.

W.B : Moi, j’attends d’eux qu’ils prennent du plaisir et des prises de risques. Nous sommes en pleine création d’un projet expérimental mêlant différents univers et médiums artistiques. Il me semble important que chacun n’hésite pas à l’investir avec ses propres questionnements et formes. L’idée est de dégager et mettre en commun les compétences et propositions de chacun afin de réaliser une œuvre collective.

C : Que chacun s’intègre au projet à sa manière, avec son énergie, son intérêt propre et le temps qu’il veut bien nous donner. En fonction de leurs compétences également. J’aime travailler avec des personnes curieuses et intéressées. Avec cela on peut tout réaliser.

Tout étudiant inscrit à l’université peut participer au projet. Qui avez-vous déjà rencontré ?

S.R : Les étudiants de l’UTLN en Staps, option danse, option rugby, les licences professionnelles de gestion de projets et structures artistiques et culturels et ceux d’Ingémédia y participent déjà. Aujourd’hui, nous convions les étudiants inscrits au Hiphop, les pompom girls mais aussi toutes les personnes impliquées dans la vie de l’université à se joindre à nous. Nous invitons également les étudiants de l’ESAD à rejoindre le projet. Mes propres élèves participeront à la déambulation… Des commerçants complices y participent (la Galerie Lisa, la librairie Contrebandes..), les habitants le peuvent également en diffusant du son venant des bâtiments…
Area diversion est ouvert à tous ceux qui souhaitent infuser dans la ville.