La Science Ouverte à l’heure du confinement

Clara GALLIANO
Doctorante au laboratoire IMSIC
UTLN-AMU (EA 7492)

Temps de lecture : 4 minutes


La Science Ouverte à l’heure du confinement

Le Covid-19 n’est pas la première crise sanitaire mondiale qui a imposé un questionnement sur le partage des données de la recherche et l’accès aux publications scientifiques comme solution à l’avancée des progrès techniques, médicaux et industriels.

Ces crises montrent bien l’importance de la science et l’urgence d’un meilleur partage des connaissances pour une coopération nationale, européenne et internationale. La «   Science Ouverte  » est plus que jamais un enjeu économique, déontologique, pragmatique mais il peut aussi être vital ! Et les frontières, même fermées, ne doivent pas être un frein à la circulation des connaissances scientifiques.

Des organisations mondiales mobilisées

L’OMS a travaillé avec les experts mondiaux, les partenaires et les gouvernements pour élargir le plus rapidement possible les connaissances scientifiques sur le coronavirus.

De son côté, l’ONU a bien insisté sur l’importance de l’accès aux soins mais également l’information. À cet égard, cinq demandes ont été formulées par trois experts internationaux afin de promouvoir et protéger la libre circulation des informations pendant la pandémie de Covid-19.

L’UNESCO a organisé au mois de mars dernier une réunion virtuelle avec les ministres et les vice-ministres de 122 pays, ainsi que d’autres représentants, afin d’échanger sur la coopération internationale en matière scientifique et l’investissement supplémentaire à fournir dans le contexte du Covid-19 (1).
Dès le début, la mobilisation a permis :

  • l’ouverture à tous les principaux journaux scientifiques du répertoire sur le virus
  • la publication en accès libre d’un millier d’articles de recherche en réponse à l’appel de l’OMS
  • la mise en place de consortiums internationaux de recherche en quelques jours.

L’État français engagé

Dans un communiqué de presse publié le 30 mars 2020, Frédérique Vidal a demandé que «  la circulation de toutes les informations scientifiques soit facilitée pour permettre des avancées décisives, notamment concernant l’amélioration de la prise en charge des patients. [...] l’accès libre et public aux publications mais aussi aux données issues de la recherche en lien avec l’épidémie de COVID-19 en France  ». Cette demande a été soutenue par Olivier Veran.

L’archive ouverte nationale et multidisciplinaire HAL a actualisé sa page d’accueil en mettant en avant toutes les publications (article, preprint, thèse, cours, rapport, chapitre, ouvrage, communication, HDR et autre publication) relatives au Covid-19, disponibles à la consultation et en téléchargement.


Nouveau bandeau de la page d’accueil HAL

Des modèles économiques modifiés

Si les éditeurs privés et acteurs industriels restent des principaux obstacles, certains efforts ont été constatés chez certains : Microsoft, Facebook, Amazon, IBM ou encore Intel (2) ont décidé de partager leur contenu gratuitement pour essayer de mettre un terme à la pandémie. Le secteur médical est le premier impacté par cette crise, mais c’est également celui qui est le plus sujet à l’ouverture des données et à la création d’initiative (3).

Aux États-Unis, l’organisation non gouvernementale Internet Archive a annoncé le lancement d’une National Emergency Library mettant à disposition des universités et des étudiants plus de 1,4 million d’ouvrages numérisés.

De même pour la National Library of Medicine (NLM) qui a donné un accès plus large aux articles scientifiques grâce à PubMed Central. Cette action a été complétée par une demande des responsables scientifiques à la communauté des éditeurs relayée par le Wellcome Trust.

En Chine, un site internet gratuit a été développé pour inciter les chercheurs à publier leurs recherches sur le sujet en libre accès. La base de données CQVIP offre un accès gratuit pendant toute la durée de l’épidémie à plus de 14 000 revues.

La célèbre revue Nature a également demandé à tous les chercheurs qui travaillent sur le coronavirus de continuer à partager les résultats et à rester ouverts. Les éditeurs Elsevier, Springer Nature, Oxford University Press, Wanfang et Wiley Online Library ont mis en place quelques-unes de leurs ressources en libre accès (4).

En France, le consortium Coupering.org, l’ADBU et EPRIST ont rejoint le communiqué de l’association internationale ICOLC pour demander aux éditeurs d’ouvrir, de manière exceptionnelle (pour ceux qui ne l’avaient pas effectué), leurs publications afin de faire face à cette crise sanitaire (5).

Des populations sollicitées

Au cœur de la situation actuelle, les populations ont participé aux actions, discussions et projets autour de la pandémie. Des cartographies et des visualisations ont été construites à l’aide des données ouvertes en partenariat avec les acteurs de la recherche et de l’innovation. Des collectifs de citoyens se sont mis en place, comme par exemple : le mouvement maker «  covid-initiatives  ».

L’Open Data, un des volets de l’Open Science, a pris tout son sens grâce à ces démarches collectives. En complément de la solidarité humaine, la coopération devient une des valeurs emblématiques de cette crise.

Les logiciels ont également fait l’objet d’une vive admiration afin de proposer des outils de communication et d’organisation sous licence libre et open source.