Pollution du cycle de l’eau par le plastique : un enseignant de l’UTLN participe à une mission scientifique

Le 21 septembre 2019, Yann Ourmières, enseignant-chercheur à l’Université de Toulon, a embarqué sur la goélette de l’ONG Expédition 7e continent pour une mission d’un mois en Méditerranée.
La mission a pour objectif de mesurer la présence de plastiques jusqu’à 100 mètres de profondeur et dans l’air au-dessus de la surface de la mer. Une première !

En quoi cette mission est-elle novatrice ?

Ce qui se fait habituellement, ce sont des prélèvements de microplastiques à la surface des eaux. Le prélèvement subsurface de nanoplastiques est plus contraignant ; les manipulations durent près de 8 heures donc nous ne pourrons en faire qu’une par jour. C’est pourquoi leur présence dans les matrices environnementales, à ce jour, n’est documentée dans aucune publication référencée. L’autre originalité de la mission réside dans la quantification et la caractérisation des nanoplastiques. Cela va nous demander du matériel scientifique plus lourd. Nous sommes à l’orée d’une ouverture vers un nouveau savoir environnemental.

Pourquoi avoir choisi d’explorer la Méditerranée ?

La mission devait initialement se dérouler en Atlantique Sud mais, après réflexion, nous avons estimé plus sûr de commencer par une zone moins étendue pour tester les nouveaux protocoles de prélèvement. Il n’existe pas de matériel d’échantillonnage subsurface éprouvé des nanoplastiques donc nous avons dû adapter, notamment, un filet bongo traditionnellement employé pour le plancton.
Ceci dit, la Méditerranée n’est pas pour autant dénuée d’intérêt. La zone que nous avons identifiée, entre Sète, Majorque et la Sardaigne, présente des concentrations similaires de plastiques. Il existe également une zone frontale entre le nord des Baléares et la Sardaigne, où se rencontrent des masses d’eau venant du nord et du sud de la Méditerranée occidentale. En quelques kilomètres, on peut relever une différence de température de 3 à 4°C. Cela a un impact sur les dynamiques des masses d’eau qui pourraient impacter elles-mêmes, indirectement, les phénomènes de rétention du plastique.

Quel sera votre rôle lors de cette expédition scientifique ?

Le bateau 7e Continent embarque une équipe de scientifiques du CNRS pour analyser la zone d’accumulation des déchets plastiques. Plusieurs phénomènes seront étudiés tels que la répartition des micro et nanoplastiques dans la colonne d’eau, la manière dont les micro et les nanoplastiques interagissent avec les organismes ou encore l’inscription du plastique dans le cycle de l’eau. Notre équipe est composée d’une chimiste – une experte reconnue en Europe dans la caractérisation environnementale des microplastiques, d’un biologiste, directeur de recherche CNRS spécialisé dans l’écotoxicologie microbienne marine et de moi-même, un océanographe physicien au laboratoire MIO, spécialisé dans la modélisation numérique océanique. À l’issue de cette mission, je pourrai faire des représentations de la concentration des nanoplastiques et de leur circulation non seulement dans cette zone, mais aussi, en extrapolant les résultats, dans toute la Méditerranée. Ces données pourront à la fois servir des bases documentaires pour d’autres chercheurs. Elles nous permettront aussi de renseigner et sensibiliser le grand public, les décideurs locaux sur l’état de la mer.
Il y a dix ans, on mesurait les quantités de plastiques pour alerter sur ses dangers. Maintenant que nous savons, il est temps d’alerter sur les dangers des nanoplastiques. De mettre des chiffres sur des hypothèses, expliquer en quoi ils modifient les écosystèmes. Le microplastique (1 – 5 mm) ne se digère a priori pas, car il reste principalement dans l’estomac des poissons. Ce qui pose problème, ce sont les bactéries qui s’agglomèrent autour de ces microplastiques et qui, elles, se dispersent dans l’organisme du poisson que nous consommons. Le nanoplastique (1 – 1000 nm) est plus insidieux. Il ne se voit pas. Et quand on ne voit pas, on n’a pas peur. Pourtant, le peu de production scientifique dont nous disposons indique leur potentielle présence dans les tissus. On suppose donc qu’il peut y avoir un transfert directement de l’eau vers les organismes.

Pourquoi réaliser également des prélèvements atmosphériques ?

C’est la dernière originalité de notre mission. Des aspirateurs à particules atmosphériques seront installés dans les mats du navire pour nous permettre de relever les taux de plastiques dans l’air et, ainsi, modéliser un continuum air/eau, une cartographie des courants marins et aériens transportant des nanoplastiques. Cela n’a jamais été fait.

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