Tara Océans mis à l’honneur par la revue Science

Vendredi 22 mai, Science consacrait un numéro spécial à l’expédition Tara Océans. Avec un million de lecteurs à travers le monde cette revue offre une exposition phénoménale à cette aventure comme aux recherches effectuées. Et notamment celle du Professeur Jean-Louis Jamet, de l’Université de Toulon, co-auteur d’une publication.

Un voyage autour du monde de plus de 3 ans durant lequel 250 hommes et femmes de 40 nationalités différentes ont parcouru 140 000 kilomètres et à l’issue duquel ont été collectés au moins 35 000 échantillons de plancton.
S’ils révèlent l’ampleur de l’expédition Tara Océans, il est nécessaire de souligner que

« cette aventure va bien au-delà de ces chiffres », comme le précise Jean-Louis Jamet, professeur à l’Université de Toulon et membre de l’équipe Écologie et Biologie Marines du laboratoire PROTEE.

Chef de mission à bord de Tara entre l’île de l’Ascension et Rio de Janeiro, Jean-Louis Jamet revient sur cette aventure à l’occasion de la publication dans un numéro spécial de la revue Science d’un article co-écrit avec d’autres chercheurs engagés dans l’expédition Tara Océans. Et si ce chercheur ne minimise pas le potentiel de cette expédition en matière de connaissance du rôle du plancton dans l’écosystème marin, il souhaite en souligner la dimension humaine.

Copyright Photos : Tara

Une aventure scientifique et humaine

Humaine parce que portée par des hommes et des femmes, chercheurs mais aussi membres d’équipage. Il ont partagé, ensemble, travaillant en binôme chercheur-homme d’équipage, les phases de collecte des échantillons, les tours de quart et même les corvées à bord.

Humaine parce ce projet ne consiste pas seulement à élaborer une taxonomie du plancton marin, mais à identifier le rôle des différentes espèces dans l’écosystème afin de mieux comprendre et prévenir les bouleversements climatiques. En effet, la connaissance de la biodiversité ne peut se réduire à la classification des espèces - même si celle-ci constitue une étape cruciale, elle doit identifier les conditions dans lesquelles une espèce peut remplir correctement sa fonction dans l’écosystème. Car la biodiversité est une condition nécessaire à notre survie, sans elle, notre écosystème ne pourrait pas s’adapter aux changements climatiques.

Humaine parce qu’à chaque escale Tara devenait un formidable outil de partage des connaissances, de sensibilisation aux questions d’ordre écologique, d’ouverture sur le monde. À Rio de Janeiro, l’équipage de Tara a accueilli à bord les autorités locales, des footballeurs et même de jeunes starlettes hissées sur des talons aiguilles. Mais les membres de l’expédition ont, aussi, accueilli des enfants venus des favelas, des enfants dont certains d’entre eux n’avaient jamais vu la mer.

Humaine, enfin, parce que, comme l’écrivait Shakespeare, « Nous sommes de l’étoffe dont les rêves sont faits » et que l’expédition Tara Océans donne corps au rêve du chercheur. Comme beaucoup d’autres probablement, Jean-Louis Jamet, alors jeune doctorant, rêvait d’embarquer sur l’Antarctica de Jean-Louis Étienne. Entre temps, Antarctica a été rebaptisée Tara par le président de Tara Expéditions Etienne Bourgois. Le rêve est devenu réalité.

Une question de légitimité

De retour sur terre, l’équipe de Tara Océans a présenté, le 2 juin dernier, le fruit de leur aventure à la Maison des Océans de Paris, temple français du savoir océanographique. Devant un parterre de 300 personnes, composé d’élus, de journalistes et de scientifiques, les chercheurs de Tara sont revenus sur la genèse de l’expédition, les publications dans Science – notamment celle co-écrite par Émilie Villar et ses collaborateurs dont Jean-Louis Jamet : Effets des caractéristiques environnementales du courant des Aiguilles sur le transport des planctons.

« Nous avons reçu un très bon accueil du public et en particulier des représentants du CNRS, du CEA et de l’EMBL alors qu’au départ peu de monde croyait en notre expédition, rappelle Jean-Louis Jamet. On jugeait le bateau petit. Tara allait-il tenir trois ans ? Les manipulations allaient-elles pouvoir se faire ? Notre travail allait-il faire l’objet de publications ? L’expédition suscitait beaucoup d’interrogations ».


Une présentation nécessaire, donc, pour asseoir la légitimité de l’expédition. Et montrer que les lubies de Phileas Fogg d’aujourd’hui peuvent toujours devenir réalité.
Cette conférence avait également pour objectif de préparer le passage de relais aux générations futures en présentant les travaux effectués aujourd’hui et ceux à venir. Continuer de rêver. Ensemble.

« J’espère que dans trente ans, il y aura un Tara 2 », sourit Jean-Louis Jamet.


D’ici là, il reste de nombreuses heures, semaines et décennies d’études. Sur les 35 000 échantillons prélevés, 90% des espèces sont inconnues, en particulier pour les virus, bactéries et protistes. Alors qu’il ne faut pas plus d’une journée à un chercheur pour classifier avec précision un échantillon, il aura fallu quinze jours de recherches intensives à trois chercheurs pour en identifier quatre. Tout est conservé précautionneusement pour permettre aux futurs chercheurs d’analyser à nouveau les échantillons qui sont accessibles à « toutes les bonnes volontés ». Une nouvelle compréhension de l’écosystème marin est en train de naître, et c’est en partie entre les murs de l’Université de Toulon qu’elle grandira.