Une artiste franco-chilienne en résidence à l’UTLN

Avec le soutien de l’Université de Toulon, Javiera Tejerina-Risso travaille sur la seconde partie de son projet To record water during days. Une œuvre originale qui sera exposée dans le hall de l’école d’ingénieurs SeaTech.

Nous avions souhaité la rencontrer dans son atelier au sein du bâtiment M de l’Université de Toulon, pour mieux ressentir l’atmosphère dans laquelle l’artiste baigne. Nous aurions dû lui donner rendez-vous sur la plage du Mourillon, tant la mer et l’océan jalonnent son œuvre.

Javiera Tejerina-Risso est obsédée par la vague, vecteur de mouvement qui attire et repousse, réunit et isole à la fois. La vague qui s’échoue en un ressac sur les bords de la plage avant d’être inexorablement attirée de l’autre côté du monde en emportant un peu de nous-même. Cette vague qu’un inconnu touchera du bout du doigt à son tour, y sautera à pieds joints, s’y abandonnera et ressentira les soubresauts d’enfants qui plongent insouciants sur nos rivages. Sans le savoir vraiment, cet inconnu partage ici un peu de notre vie.

« Il y a toujours cette idée de va-et-vient de l’esprit qui se balade entre ici et ailleurs, le passé et le présent, explique l’artiste. J’ai retrouvé dans cette eau, dans cette mer, dans cette vague toutes les interrogations que je me faisais du mouvement, de la circulation. Le fait d’avoir conscience qu’il y a une multiplicité de vies qui se déroulent en même temps. »

De son père peintre amoureux de la mer, Javiera Tejerina-Risso coupe court au couteau sa filiation artistique pour se tourner vers la vidéo. Avant d’user d’autres médiums. À l’aide de deux écrans géants placés de part et d’autre d’une pièce, Formes et Dissonances plonge le spectateur dans un dialogue visuel entre les motifs noirs et blancs de la promenade Vasarely (Canet-Plage) et les ondulations du bord de mer. Deux images dont le défilé incessant se transforme en une symphonie envoutante. Obsession met en scène le soliton, une vague solitaire créée artificiellement, se déplaçant indéfiniment autour d’un anneau, à jamais inaltérée. Blanc/bleu, Noir/bleu, Va-et-vient sont autant de représentation de l’eau dans le temps.

To record water during days

Dans sa quête de matière première pouvant alimenter ses projets artistiques, Javiera Tejerina-Risso est allée à la rencontre d’enseignants-chercheurs qui pourraient lui apporter des images impossibles à produire par elle-même. C’est ainsi qu’elle a rencontré Patrice Le Gal, Directeur de recherche à l’Institut de Recherche sur les Phénomènes Hors Équilibre (IRPHE). Spécialiste notamment de l’analyse de la bioluminescence du plancton marin et du déferlement des vagues, l’enseignant-chercheur à Aix-Marseille Université (AMU) collabore avec elle depuis dix ans sur plusieurs projets jusqu’à sa diriger la thèse « Recherche et Création » sur la relation entre Arts et Sciences. Création immersive et données scientifiques globales, comment représenter le monde à travers le rythme des océans ? envisage à la fois la production d‘un manuscrit et d’une œuvre : To record water during days.
L’installation traduit en temps réel la surface de l’Océan Pacifique et son va-et-vient grâce à sept bouées connectées. Chaque donnée recueillie impulse un mouvement à des vérins qui ploient et ondulent de fines plaques de métal sans jamais se tordre ou rester marquée de la main de l’homme. Le spectateur peut ainsi voir les variations de la mer sous l’effet du vent, de la terre, des ouragans, ou de la tectonique des plaques.

« Nous vivons sur une planète recouverte à 72% d’eau mais que l’on a du mal à nous figurer, pose-t-elle. L’idée de représenter des choses de grande échelle de façon à ce que les gens puissent avoir en une perception sensible me travaille depuis longtemps. J’ai voulu créer une installation avec laquelle on pourrait ressentir le pouls de la planète à travers ses vagues ».

De couleur dorée, cuivrée ou grise, les bandes peuvent aussi figurer l’état de la mer selon que le soleil la caresse lorsqu’il est à son zénith, couchant ou tout simplement absent.

Le pouls de la Méditerranée

L’Océan Pacifique n’est que la première étape de To record water during days qui prévoit l’installation de plusieurs structures. L’artiste franco-chilienne travaille actuellement à une seconde œuvre qui permettra de ressentir le pouls de la Méditerranée. En résidence artistique à l’Université de Toulon depuis septembre 2017, elle s’appuie cette fois sur les connaissances et compétences d’enseignants-chercheurs, doctorants et techniciens de l’UTLN.

« L’Université de Toulon peut m’accompagner sur différents aspects, notamment sur la récupération des données, précise-t-elle. Ce qui n’est pas aussi simple que dans l’Océan Pacifique où l’on a retrouvé des bouées en open data. Le premier travail qui a été réalisé avec l’école d’ingénieurs SeaTech c’est de trouver quelles bouées utiliser et comment traiter les données ».

Une seconde étape, consiste à revoir, avec le laboratoire Cosmer, la conception mécanique de l’installation afin de l’optimiser et la simplifier, réduire les coûts et le temps de travail. Les parties électronique et informatique ont été confiées au département GEII de l’IUT tandis que le GMP s’occupera de la fabrication.

« Il y a avait un réel besoin d’optimiser les mécanismes pour éviter des pannes électriques, des problèmes mécaniques. Cela m’apprend énormément aussi et ça leur permet de s’impliquer dans des projets divers de ce que l’UTLN peut réaliser d’ordinaire. »

La première installation fait 6 mètres de long et nécessite d’être démontée pour être déplacée dans un nouveau lieu d’exposition. Un travail laborieux. Cette nouvelle création devrait mesurer 2,50 m environ et sera visible des deux côtés invitant le spectateur prendre le pouls des deux façades maritimes de la Méditerranée.

Une fois terminée, l’œuvre trouvera sa place dans le hall du bâtiment X de SeaTech, l’école d’ingénieurs de l’Université de Toulon spécialisée dans les Sciences de la Mer.