Le facteur R. dans l’Union européenne après le Covid-19

Valeria CURELLA
Doctorante au Laboratoire CDPC - UMR CNRS 7318 DICE - UFR Faculté de droit de l’Université de Toulon

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Le facteur R. dans l’Union européenne après le Covid-19

Le Covid-19 a mis le système socio-économique européen en crise, donnant une nouvelle impulsion à un terme qui est entré dans le «  vocabulaire de l’Union  » il y a quelques années.

Le facteur R.

Le terme RÉSILIENCE, du latin resilire, rebondir, est utilisé dans divers domaines : en ingénierie, pour indiquer les propriétés de certains matériaux à retrouver leur forme originale après avoir été écrasés ou déformés, en biologie pour désigner la capacité d’un organisme à se réparer après un dommage et en psychologie pour indiquer la capacité d’un individu à faire face à des événements traumatisants, à réorganiser positivement sa vie face aux difficultés. Le concept a également été affirmé, d’un point de vue systémique, dans l’analyse des communautés sociales à la suite de cataclysmes naturels ou d’événements dramatiques (attaques terroristes, guerres ou conflits armés).

Le facteur R. dans l’action extérieure de l’UE

Le concept de R., qui figurait déjà dans la Communication de la Commission européenne du 3 octobre 2012 «  L’approche de l’UE sur la résilience - Tirer les leçons des crises de sécurité alimentaire  » et dans la «  Stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE  » du 28 juin 2016, a été développé dans la Communication du 7 juin 2017 : «  Une approche stratégique de la résilience dans l’action extérieure de l’UE  ». L’Union a voulu aider les pays partenaires à renforcer leur capacité à faire face aux défis globaux, reconnaissant la nécessité de passer d’une approche d’endiguement des crises à une approche structurelle, à plus long terme, axée sur l’anticipation, la prévention et la préparation. La R. a été décrite comme «  une notion large qui englobe tous les individus et la société dans son ensemble, reposant sur la démocratie, la confiance dans les institutions, le développement durable, ainsi que sur la capacité de réforme  ». Déjà à cette occasion, les nouveaux défis qui nécessiteraient un renforcement de la R. ont été énumérés : conflits armés, changement climatique, migrations. Il a été suggéré que la R., qui n’a pas de couverture financière spécifique, devrait être intégrée dans tous les instruments financiers disponibles.

Le facteur R. dans l’action interne de l’UE

L’urgence sanitaire (et pas seulement) causée par la propagation de Covid-19 en Europe a mis en avant le concept de R., qui est revenu comme protagoniste dans les discours des sommets politiques et institutionnels ainsi que dans les documents officiels de l’UE. Cette fois, cependant, l’accent est mis sur l’action interne de l’UE, appelée à construire sa propre résilience. Les présidents de la Commission et du Conseil européen ont exprimé ce point de vue lors de la conférence de presse commune tenue en marge de la vidéoconférence des dirigeants de l’UE le 23 avril : «  The response that we will have to give must be first repair crisis damage and then generate recovery, build resilience and…  ». C’est pourquoi R. a été identifiée, avec la gouvernance, comme l’une des quatre priorités pour organiser les actions du Plan lancé par la Commission européenne pour sortir de la crise ; les trois autres sont marché intérieur, stratégie d’investissement à grande échelle, action extérieure de l’UE et responsabilités. Le facteur R. joue donc un rôle clé pour surmonter la crise et trouver un nouvel équilibre plus solide.

Conclusions

Dans la référence à la R., comme un changement adaptatif, qui peut être façonné et amélioré, l’UE montre une fois de plus sa nature, c’est-à-dire celle d’un processus complexe qui, tout en restant ancré et fidèle aux valeurs fondatrices de la démocratie et de la solidarité, évolue dans le temps et l’adversité. Contrairement à la résistance, qui exprime une condition statique, la R. incite l’UE à reprendre le chemin de son développement en apportant des changements profonds sans sacrifier son essence. Les mots prononcés il y a 70 ans par Robert Schuman sur la nécessité de faire «  des efforts créateurs à la mesure des dangers   » et de maintenir «  une Europe organisée et vivante  », trouvent encore un écho.