Elle a fait partie des dix Français sélectionnés parmi les 162 candidats. Pendant un mois et demi, Charlotte Cunci, doctorante au laboratoire MIO de l’Université de Toulon, a embarqué sur un voilier dans le cadre du One Ocean Expedition, un programme de formation de l’Agence Spatiale Européenne. À bord : 60 étudiants venus du monde entier, des chercheurs chevronnés… et un filet manta pour traquer les microplastiques. Entre navigation, camaraderie et recherche de pointe, elle raconte cette expérience inoubliable.
C’est une expédition scientifique et pédagogique d’un an autour du monde sur un grand voilier norvégien, le Statsraad Lehmkuhl, soutenue par les Nations Unies. Dans ce cadre, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a organisé l’Advance Ocean Training Course (OTC25), qui intègre une soixantaine d’étudiants en océanographie et météorologie, en master ou en doctorat. L’objectif : apprendre à utiliser les données satellitaires (température de l’eau, salinité, vitesse des courants de surface) dans nos recherches. Nous avons suivi 6 mois de cours en amont avec des chercheurs de l’ESA et d’universités internationales, puis chacun d’entre-nous a mené un projet scientifique en lien avec son sujet de recherche.
Encadrés par une dizaine de chercheurs, nous avons navigué pendant un mois et demi, de Tromsø en Norvège jusqu’à Nice pour l’ouverture de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC), en passant par Reykjavik et le détroit de Gibraltar.
Mon sujet de thèse, financé par la région Sud, l’Institut des Sciences de l’Océan et Surfrider Foundation, porte sur la modélisation numérique 3D de la dispersion du plastique en Méditerranée. Mon objectif est d’identifier les zones d’échouage et d’accumulation de plastique afin de mieux orienter les actions de collecte et de protéger les zones à risque où la biodiversité est sensible. J’utilise des modèles numériques mais il est essentiel d’avoir des données réelles pour pouvoir comparer et valider mes résultats.
C’est pour cela que pendant l’expédition, avec 2 autres étudiantes, Louise Armand et Lena Schaffeld, nous avons prélevé des microplastiques à la surface de la mer grâce à un filet manta. Le but est d’identifier les zones d’accumulation du plastique en comparant les zones de prélèvements, la nature et le nombre de plastiques prélevés et en croisant nos résultats avec les modèles numériques. Grâce aux satellites on peut voir des slicks, des zones de convergences des courants marins et on peut ainsi prédire les zones d’accumulation de plastique et retracer la dérive des plastiques pour identifier leurs origines. Le travail est en cours.
Scientifiquement, j’ai appris à collecter des données in situ et j’ai énormément appris des chercheurs de l’ESA sur le lien entre océanographie et observation spatiale. C’était passionnant de comparer nos approches, entre étudiants venus des quatre coins du monde et de voir que, malgré nos différences de parcours et de nationalité, nous faisons tous face aux mêmes défis scientifiques et environnementaux. Cela m’a aussi permis de prendre du recul sur ma propre recherche.
Oui, la vie à bord a été une expérience unique ! Le bateau mesurait 100 mètres de long, avec trois mâts et 22 voiles. Pour avancer, chacun devait participer à la navigation, étudiants comme chercheurs. Nous dormions dans des hamacs, parlions anglais, et passions 24 heures sur 24 ensemble, parfois à manœuvrer les voiles en pleine nuit. Ces expériences créent des liens très forts. Il faut apprendre à gérer ses émotions : parfois, on peut être de mauvaise humeur mais le bateau passe avant tout. Il faut garder en tête qu’on a besoin de tout le monde.
Il y en a beaucoup ! L’un des moment les plus intenses reste le jour où nous avons été pris dans une grosse tempête avec des vagues de 4 mètres, juste après notre départ de Reykjavik. Nous étions cinq courageux à être sortis sous la grêle pour ajuster l’angle du foc, l’une des voiles de devant. Soudain, alors que nous tirions de toutes nos forces sur les cordages, une vague énorme s’est fracassée contre la coque, nous projetant tous les quatre à un mètre du sol. Heureusement, la cinquième personne a réussi à nous rattraper. Mais pendant ces quelques secondes suspendus au-dessus de l’océan, accrochés uniquement par nos mains aux cordages, j’ai eu la peur de ma vie.
Et puis, je me souviens de tous les quarts dans la mer de Norvège, au-dessus du cercle polaire, de minuit à 4 heures du matin, gelant de froid sur le pont du bateau, tandis que Håvard, notre chef de quart, tentait de nous réchauffer avec son « sport ». Mais il y a aussi tous ces instants partagés avec les étudiants, les chercheurs et l’équipage, à rire ensemble et à admirer l’océan. Tous ces moments ont créé des liens incroyablement forts entre nous.
Beaucoup d’enthousiasme et de confiance. Nous avons présenté nos projets lors de la conférence inaugurale de l’UNOC, aussi bien à des chercheurs confirmés qu’au grand public. On nous a invités à des conférences, nous avons échangé avec des chercheurs qui travaillent sur différentes thématiques. Cette expérience m’a montré que la science ne se fait pas seule et que le partage et la transmission sont essentiels. C’était très enrichissant et j’espère que les liens que nous avons pu tisser entre nous faciliteront les futures collaborations internationales.
À lire également :
https://www.univ-tln.fr/Charlotte-CUNCI-laboratoire-MIO.html
https://www.univ-tln.fr/Mission-en-mer-des-etudiants-du-master-Sciences-de-la-mer.html
https://www.univ-tln.fr/L-Universite-de-Toulon-collabore-avec-le-Gabon.html
Crédits photos : Jakub Michalski, Elisabet Verger Miralles, Ida Haven, Matteo Baratella et Joël Marc.