Au niveau mondial, les 640 000 tonnes de filets fantômes représentent 10% des déchets marins. Enfouis au fond des océans, ils continuent de piéger les organismes durant des décennies et polluent l’écosystème par leur lente dégradation. Face à ce constat, le projet EPIC (un mare privo di plastica), soutenu par le programme Interreg Marittimo, propose de transformer ces déchets en ressources grâce à une filière de recyclage issue de l’économie circulaire.
« EPIC se présente comme un pont entre environnement, innovation et développement, pour transformer les déchets en ressources et rendre les territoires de la zone de coopération plus durables », soutient Patricia Merdy, Maîtresse de conférence HDR-HC en Chimie, directrice déléguée du laboratoire IM2NP-Toulon et porteuse du projet EPIC pour l’Université de Toulon.
Unité mixte de recherche aux confluents de la physique, de la chimie et de la micro-électronique, l’IM2NP relie de nombreux aspects fondamentaux aux applications industrielles et sociétales.
Des opérations éprouvantes
Grâce à des liens étroits tissés avec la Marine nationale, les chercheurs de l’Université de Toulon ont accès ponctuellement aux installations militaires de Port Pothuau leur permettant d’organiser des missions d’envergure. Courant avril, une équipe du laboratoire IM2NP de l’Université de Toulon a mené une campagne de deux semaines sur 9 zones présélectionnées au large du Levant, Porquerolles, Le Lavandou et Hyères.
Objectif : explorer la zone et remonter les filets fantômes pour les recycler.
Aux premières lueurs du jour, l’équipe s’affaire sur le quai. Aux côtés de Patricia Merdy, de Floriane Delpy, ingénieure de recherche, Laura Miquel, étudiante en Master 2 Sciences de la Mer et Annaëlle Rouanet, étudiante en BUT 3 Génie biologique, le Comité Scientifique des Îles du Lérins (CSIL), dédié à la préservation des écosystèmes insulaires et l’association NaturDive ont été missionnés pour explorer les fonds marins. Déjà engagée dans le projet de collecte des filets fantômes dans les Alpes-Maritimes, cette dernière n’avait encore jamais pu explorer et cartographier le Var.
Deux zodiacs de l’Université de Toulon ont été utilisés pour cette mission. L’un destiné à accueillir les plongeurs et leur matériel, l’autre les personnes chargées de récupérer les filets fantômes trouvés.
Trois plongées d’une heure sont organisées chaque jour, poussant les plongeurs jusqu’à leurs limites physiques. Les filets identifiés sont ensuite remontés à la surface grâce à des flotteurs puis hissés à bord du zodiac à la force des bras.
L’équipe scientifique identifie et libère de leurs entraves les organismes vivants (crustacés, gorgones, posidonies…) pour les rendre à leur habitat naturel. Une étape rendue ardue par les mailles de filets entremêlées et colonisées, la houle et le soleil de plomb qui s’abat sur les corps.
Vers une économie circulaire
Après l’effort des plongées, l’équipe doit faire face à un autre défi : le traitement des filets. De retour au port, ils sont étendus sur le quai pour être triés, mesurés. Les parties encore exploitables seront recyclées par une entreprise située à Gardanne. Les charges de plomb, quant à elles, sont dissociées des filets pour être réutilisées par NaturDive.
Durant ces deux semaines, l’IM2NP et ses partenaires auront remonté près de 350 m de filets et cordages, et 48 kg de plomb. Le plus grand filet mesurait 120 m de long et recouvrait de grandes surfaces sur la roche coralligène, tuant les espèces qui y étaient installées.
« Nous avons identifié beaucoup d’espèces marines qui avaient colonisées les filets représentants différents niveaux de la chaîne tropique et modes de vie benthiques, au fond de l’eau. Les filets fantômes agissent comme des substrats artificiels complexes, colonisés par plusieurs niveaux écologiques », observent les chercheurs de l’IM2NP.
Particulièrement impactée par les filets, la zone du Levant n’a pu être explorée entièrement durant cette campagne de deux semaines. Une seconde devrait se tenir en septembre.
Alors que la réglementation européenne se renforce, EPIC tente d’apporter une solution vertueuse au traitement des déchets marins capable de générer des bénéfices concrets pour l’environnement et les communautés locales. Grâce à une approche intégrée et multi-territoriale, le projet implique les institutions publiques, les organismes de protection de l’environnement, les associations d’entreprises, les instituts de recherche et les citoyens.