Amin Ismael Ahmed

"Je voulais surtout trouver quelque chose qui me passionne vraiment "

Arrivé à Toulon après avoir grandi entre Djibouti et la Côte d’Ivoire, Amin Ismael Ahmed rejoindra en novembre prochain la BCE, Banque Centrale Européenne, située à Francfort. Tout juste diplômé du master MBFA de l’Université de Toulon, il revient sur son parcours atypique, fait de réorientations, d’alternance et de découvertes progressives du monde bancaire.

Quel souvenir gardez-vous de votre parcours scolaire ?

Je suis né à Djibouti et j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 13 ans. J’étais plutôt bon élève, souvent premier ou deuxième de ma classe. Ensuite, ma famille a déménagé en Côte d’Ivoire, à Abidjan. Et quand je suis arrivé dans une école française, je suis passé de 16 de moyenne à 7 ou 8. Ça m’a fait prendre conscience de la différence de niveau. Lorsque nous nous sommes installés à Toulon, en 2014, j’ai été scolarisé à Maurice Ravel. Mon niveau est remonté légèrement au-dessus de la moyenne ce qui m’a permis d’obtenir le brevet. Puis le lycée, Dumont d’Urville.

Votre parcours universitaire n’a rien de linéaire non plus.

Non, pas du tout. J’ai obtenu mon bac S à Orléans, après un redoublement. Ensuite, je suis revenu à Toulon et je me suis inscrit en licence LLCER anglais à l’UFR Lettres, Langues et Sciences humaines. Mais je me suis rapidement rendu compte que ça ne me correspondait pas vraiment. Et j’étais déjà bilingue donc j’ai arrêté pour travailler pendant un an. Puis j’ai commencé une formation professionnelle en journalisme, interrompue par la Covid.

Comment êtes-vous finalement arrivé vers la banque et la finance ?

Petit à petit. À l’époque, je voulais surtout trouver une voie qui me plaisait réellement. J’ai intégré un BTS Négociation et Digitalisation de la Relation Client (NDRC) en alternance, puis une Licence Professionnelle Assurance Banque Finance à l’IUT Techniques de commercialisation, toujours en alternance. C’est là que j’ai découvert le secteur bancaire.

Très jeune, je me suis interrogé sur la manière dont fonctionnent l’économie et les taux d’intérêt, qui fabrique la monnaie, qui influence sa circulation, l’inflation, ou la valeur de l’épargne. Le point de départ, c’était le taux de change entre le franc djiboutien et l’euro. Quand j’ai vu qu’une devise permettait d’acheter beaucoup plus de choses qu’une autre, ça m’a intrigué. Je voulais comprendre pourquoi.

Pourtant, vous ne vous destiniez pas naturellement à ce milieu.

Pas du tout. Dans ma famille, beaucoup travaillent dans des corps d’armée. Le monde bancaire me semblait très éloigné. Honnêtement, devenir banquier ne faisait même pas partie des possibilités que j’imaginais. Le déclic est venu quand un ami plus âgé que moi est parti en BTS Banque en alternance. C’est la première fois que je voyais quelqu’un de mon entourage entrer dans ce secteur. Là, je me suis dit : pourquoi pas moi ?

Vos très bons résultats en Licence vous permettent de rejoindre ensuite le master MBFA de l’Université de Toulon. Qu’est-ce que cette formation vous a apporté ?

Énormément de choses. D’abord parce que je n’avais pas un parcours universitaire classique en économie. En un an et demi, le master m’a permis d’acquérir des bases solides en finance, macroéconomie et supervision bancaire.

Ensuite, il y a le partenariat avec l’université de la Bundesbank. C’est l’expérience la plus marquante de toute ma scolarité. On a travaillé avec des étudiants allemands, italiens, chinois ou polonais sur des problématiques de stabilité financière et de supervision bancaire. On faisait des simulations de réunions où les représentants de la FED, la Réserve Fédérale Américaine et ceux de la BCE devaient argumenter et défendre leurs positions, des ateliers sur les taux directeurs ou les marchés financiers. Eux sont des banquiers centraux, nous sommes des banquiers commerciaux. Tout nous oppose mais c’est tellement complémentaire ! C’était extrêmement enrichissant, certains sont devenus des amis.

C’est aussi ce qui vous a conduit vers la Banque Centrale Européenne ?

Oui, clairement. Au sein du master, nous avons eu plusieurs interventions de Daniela Schakis, directrice adjointe à la supervision bancaire à la BCE. C’est elle qui, avec Olivier Radelet, professeur vacataire au MBFA et ancien de la BCE, qui ont encouragé les étudiants à candidater au programme de « traineeship ».

J’ai postulé en décembre dernier. Il y avait plusieurs étapes : sélection du dossier, un grand oral sur la BCE en vidéo puis entretien avec un jury. Le tout en anglais. Finalement, j’ai été retenu parmi les 900 candidats initiaux pour rejoindre une équipe chargée de la supervision bancaire, notamment de Revolut et deux autres établissements européens.

Selon vous, qu’est-ce qui a fait la différence dans votre candidature ?

Je pense que l’alternance a beaucoup compté. J’ai travaillé à La Banque Postale puis à la Société Générale, deux banques systémiques directement supervisées par la BCE. Ça m’a permis de comprendre concrètement l’application des règles prudentielles, la conformité, la gestion du risque ou encore les mécanismes de crédit.

Le master m’a donné la théorie et l’alternance m’a apporté la pratique.

Comment envisagez-vous cette arrivée à Francfort ?

Avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi de curiosité. Je sais que je vais énormément apprendre. Mon futur manager m’a surtout dit une chose : « Venez pour être formé. » C’est rassurant.

Quand je regarde mon parcours, je retiens surtout que j’ai pris le temps de trouver quelque chose qui me passionne réellement. Même si ça voulait dire changer de voie plusieurs fois et « perdre » quelques années plutôt que de m’orienter vers quelque chose qui ne me plaisait pas et le regretter.

Contact

Nicolas Huchet
Responsable Master MBFA, Faculté Économie Gestion
huchet@univ-tln.fr